CONVERSATION
AVEC CHARLOTTE RAMPLING

Un après-midi à Paris, Emilien rencontre Charlotte Rampling pour évoquer le processus créatif de la pièce imaginée pour elle, issue de la première collection de la Maison. Le modèle est proposé en édition limitée à dix exemplaires.

Photographie Jaime Cabrera Huidobro

27 Janvier 2026

Emilien : Bonjour Charlotte, nous nous apprêtons à dévoiler la campagne réalisée avec toi, autour du ear cuff sur mesure, un projet singulier au sein de la Maison. Comment te sens-tu à l'approche de ce moment ?

Charlotte : C’est l’aboutissement d’un très beau voyage parcouru ensemble. Lorsque tu m’as proposé de participer à ce nouveau chapitre de ta vie, j’en ai immédiatement été touchée. J’ai tout de suite aimé l’idée du bijou que tu avais imaginé pour moi.

Emilien : Lorsque nous nous sommes rencontrés, je quittais le droit pour la joaillerie. Tu m’avais alors confié ne pas porter de bijoux au quotidien.

Charlotte : J’ai porté des bijoux, mais toujours des pièces chargées de sens. Je n’ai jamais acheté de bijoux pour moi-même. Ceux que j’ai eus m’ont été offerts, souvent par les hommes que j’ai aimés, ou reçus en cadeau, toujours avec beaucoup de simplicité. Finalement, je crois que ce que j’aime le plus avec les bijoux, c’est qu’ils me soient offerts !

Emilien : Dans mon dessin initial, il y avait davantage de diamants. Nous avons choisi de n’en garder que trois, pour que la pièce soit plus en accord avec ta personnalité.

Charlotte : Je les ai immédiatement perçus comme les trois fondations d’une personnalité alignée avec la mienne. Ils sont là, ancrés, solides. Mais ce qui m’a surtout fascinée, c’est l’histoire derrière la forme du ear cuff : elle résonnait avec qui je suis, comme un miroir de ma personnalité. J’y ai vu le symbole d’une tribu à laquelle je pourrais appartenir, à la manière d’une guerrière. J’ai senti qu’elle pourrait me donner cette force dont nous avons tant besoin, dans un monde qui nous en demande beaucoup.

Emilien : Oui, c’est une forme de protection subtile. Je me souviens que, lors d’une de nos conversations, tu as décrit le bijou comme ton armure.

Charlotte : Oui, mais pas une armure qui repousse. C’est une pièce qui attire le regard, qui invite à s’en approcher. Le dessin révèle aussi ta sensibilité, il est puissant et délicat à la fois. La pièce est sur mesure, elle recouvre presque toute mon oreille et, une fois portée, je ne la sens plus. C’est magique. Il faut savoir la placer… pour l’instant, c’est encore toi qui m’aides. Promis, bientôt je saurai le faire toute seule ! Tout cela crée une sorte de rituel très agréable, presque intime.

Emilien : C’était merveilleux de partir du croquis initial et de façonner progressivement le bijou pour qu’il épouse parfaitement ton oreille. Chaque essayage était alors un moment unique, au cours duquel, peu à peu, la pièce devenait la tienne.

Charlotte : Je crois que les femmes aspirent à ce type d’expérience. C’est comme recevoir une robe de haute couture, façonnée sur soi et pour soi. On prend le temps de la contempler, et cela crée une complicité créative avec le créateur. Passer du temps avec toi nous a placés hors du rythme effréné du monde, presque hors du temps.

Emilien : L’été dernier, tu tournais la troisième partie de Dune, où tu incarnes la Révérende Mère, un personnage qui allie autorité spirituelle et sagesse silencieuse. C’est une dualité que l’on retrouve souvent dans tes rôles : force et sensibilité. Elle reflète aussi ta propre présence : célèbre, mais profondément énigmatique.

Charlotte : Le cinéma me demande d’explorer cette dualité exigeante, et ton bijou en incarne l’essence. Si nous n’affrontons pas les défis, nous restons dans notre zone de confort. Pour évoluer, il faut en sortir. Et toi, tu l’as vraiment fait.

Emilien : Ce changement s’est imposé, comme un aimant, presque comme une nécessité vitale. J’ai ressenti le besoin de faire quelque chose avec mes mains, et la joaillerie s’est présentée à moi, presque naturellement. J’aime l’idée d’avoir plusieurs vies, de laisser l’inconnu émerger.

Charlotte : Et quelque chose de tout à fait inattendu s’est réalisé.

Emilien : Une coïncidence extraordinaire nous a conduits à la Mostra de Venise.

Charlotte : Le film de Jim Jarmusch, Father, Mother, Sister, Brother, dans lequel je jouais, a été sélectionné en compétition officielle.

Emilien : Et tu m’as lancé un défi : « trouve ton propre chemin pour arriver jusqu’à moi et placer le bijou sur mon oreille ».

Charlotte : Tout s’est alors mis en place naturellement. Les choses ont coulé avec une évidence rare. Le bijou a trouvé sa place sur mon oreille, sur le tapis rouge. C’était un conte de fée. Et la cerise sur le gâteau : le film a remporté le Lion d’or. Un film profondément humain, qui est avant tout un poème.